Manger nature avec les enfants

On ne se rend pas compte à quel point notre modèle éducatif est marqué par notre rapport à la nourriture. Cela concerne la façon dont nous avons nous-mêmes été éduqués ainsi que celle avec laquelle nous élevons nos propres enfants. L’idée paraît saugrenue a priori mais elle mérite quelques explications vu les enjeux. 

En alimentation naturelle, avec des fruits et légumes de saison, lorsqu’on perçoit un aliment comme bon à travers ses effluves, nous avons la pulsion de le manger, il est bon en bouche et nous procure du plaisir et du bien-être. Lorsqu’il est perçu désagréablement, il ne suscite de notre part qu’un simple désintérêt et nous l’ignorons sur le moment. On a ainsi le double schéma

 

Bon pour les sens ----> Bon pour le corps : on mange

Mauvais pour les sens ----> Mauvais pour le corps : on ne mange pas

 

Tout comme nous, l’enfant prend soin de faire tout seul la même expérience et apprendre de celle-ci.

En alimentation conventionnelle, le bébé puis l’enfant subit plutôt la nourriture qu’on lui prépare. Même s’il ne l’aime pas, il reçoit des encouragements voire des injonctions, pour le manger quand même. Par exemple, il en est ainsi de l’allergie au lait maternisé pour lequel on ignore son rejet en cherchant les additifs pour l’aider à avaler.

Alors qu’il crie famine, on lui enfourne en bouche ses premières soupes ou compotes : au moins ça le calme et, fort du consensus général, on estime l’avoir nourri comme il se doit. Un peu plus grand, au retour du marché un week-end avec maman, le petit garçon et sa petite sœur veulent dévorer les fraises achetées mais maman les retire car elle a prévu une tarte aux fraises. 

Même s'il ne comprend pas encore le langage, le bébé comprend ce que veulent dire les encouragements, les incitations que l'adulte lui dicte en lui donnant sa nourriture. Et il n'a guère d'autre choix que de se mettre au garde à vous...

 

Ces exemples, maintes fois réitérés dans notre enfance, conduisent assez régulièrement au schéma suivant : 

 

Perception négative ----> Signes de rejet exprimés : on force l’enfant à manger

Perception positive -> Désir de manger : on interdit à l’enfant de manger

 

Ce faisant, on apprend à l’enfant à adopter un comportement qui va à l’encontre de son aspiration première lorsqu’elle peut parfois lui dire comment manger juste. C’est le meilleur moyen de le déposséder de son sens propre du jugement et de lui apprendre à contourner les règles qu’on veut lui imposer, ce qu’il fait bien vite, un peu comme tout adolescent rebelle. 

L’enfant grandit et se construit ainsi dans la conflictualisation de ses aspirations alimentaires : il apprend à nier ses attraits sensoriels aux aliments naturels et développe une tendance à se fixer sur des aliments non naturels pouvant être addictifs. Cette formation prend de l'importance car manger est quotidien : elle a des conséquences sur la construction de son être.

 

Immanquablement, l'enfant est amené à tourner le dos à ses aspirations profondes car elles ne trouvent pas, dans notre civilisation contemporaine, l'accueil que la nature leur a prévu.

 

L’expérience de l’alimentation naturelle va se heurter à cette construction biaisée. C’est la raison pour laquelle il est important d’en prendre conscience lorsqu’on veut se lancer. Heureusement, tout peut s’inverser et se remettre dans l’ordre des lois de la nature avec une pratique éclairée pour sa sécurité alimentaire. 

Voici quelques pistes d’organisation pour une expérience d’alimentation naturelle qui soit enrichissante pour tous. 

La première idée est d’être juste et transparent : les enfants aiment la vérité et, lorsqu’ils la sentent profonde et sincère, ils choisissent plutôt de la servir. Expliquez-leur l’expérience que vous allez faire et à laquelle vous désirez l’inviter. Soyez prêt à accepter son refus d’y participer et à organiser son repas tel qu’il le souhaite

Si vous voulez lui imposer quoi que ce soit, il risque de s’opposer et vous d’être déçu. S’il sent qu’il a une totale liberté de choix, il y a de fortes chances qu’il décide de participer de plein gré. 

 

En présence d'aliments naturels, l'enfant peut exercer son choix sans risquer de se tromper.

 

Lancez-vous dans l’expérience avec joie. Une manière de l’afficher consiste à vous mettre autour de la table dans un esprit de fête : table décorée, fruits et légumes de saison joliment présentés, petits plats pour les petits fruits, gros fruits découpés en petits morceaux avec picorettes (pas celles en chocolat mais juste en bois, style cure-dent), kiwis ou fruit de la passion coupés en deux ou en quarts, etc. 

Durant le repas, prenez tout le temps nécessaire pour sentir et expliquer le processus à votre enfant de telle sorte qu’il ait envie, lui aussi, de vous imiter et de vérifier ce que vous lui dites. Ne soyez pas avare de vos mots, ni trop encombrant : décrivez les senteurs que vous percevez.

La curiosité de l'enfant le conduit à se prendre au jeu ; il va s'amuser à sentir. Le repas devient alors une découverte commune et un partage riche. Vous éprouvez ainsi un sentiment de rassemblement car les lois naturelles sont les mêmes pour tous. 

Surveillez-vous pour ne pas trop intervenir pendant les repas hormis de répondre aux questions. Si l'enfant ne mange pas, on le laisse faire. On fait confiance à son ressenti.

Votre rôle de parent est de faire en sorte que les aliments naturels lui soient accessibles sans qu'il ait besoin de demander. Ainsi, il apprendra qu'il peut se nourrir tout seul selon ses attractions sans devoir se positionner par rapport à un ordre ou une simple suggestion. Il goûtera à sa propre autonomie alimentaire qui est le meilleur tremplin pour son futur d’humain libre. 

 

Dans les conditions naturelles, l'enfant trouve l'aliment dont son corps a besoin : sa joie s'affiche et le confirme.

 

En toute circonstance, gardez confiance dans les réactions de votre enfant : avec l’alimentation naturelle, il a tout en lui pour manger juste et sain, tout comme vous. Cela lui apprendra du même coup à avoir confiance en lui. Ainsi remis dans l’ordre naturel de l’alimentation, sans conflit interne, votre enfant saura mieux ce qu'il veut. 

Aidez-le à ne pas trop penser en ne pensant pas trop vous-même. Donnez davantage d’importance à l'écoute du corps par ses sens. Une musique légère et relaxante durant le repas pourrait vous y aider si toutefois votre enfant n’y voit pas d'inconvénient ou, mieux, s’il pouvait la choisir avec vous. 

Se bander les yeux pour mieux se concentrer sur son odorat peut être pédagogique et passer comme un jeu stimulant : l’un a les yeux bandés pendant que l’autre lui passe tous les aliments sous le nez, une excellente méthode pour se remettre à l'écoute du corps sans être influencé par le monde extérieur.

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